LA ROUE, UNE IMAGE SYMBOLIQUE DU COSMOS
INTRODUCTION

Pour inaugurer ses activités éditoriales, SYMBOLOS a pris l’heureuse décision de publier La Roue : Une image Symbolique du Cosmos, de Federico Gonzalez, ouvrage qui grâce à l’exégèse du symbole de la roue parvient à une magistrale synthèse de la pensée ésotérique, initiatique, symbolique et traditionnelle.

La première partie est une introduction à la symbolique et nous enseigne à reconnaître le langage sacré et ses possibilités, nous permettant de comprendre clairement combien le symbole, pour les traditions antiques et pour les hommes de connaissance qui ont su les transmettre et les conserver, est une chose toujours vive, agissante et transformatrice ; intermédiaire au contact duquel l’on obtient le développement des potentiels intérieurs, la connexion avec les états supérieurs de la conscience et de l’être, et le retour à la demeure céleste d’où l’on n’est jamais sorti sinon illusoirement.

La manifestation tout entière en tant qu’expression d’un code symbolique, l’univers comme un mandala vivant, l’homme comme un symbole central (intermédiaire entre la terre et le ciel) sont des notions qui se mêlent et se développent de telle façon qu’elles nous révèlent la possibilité d’incarner la connaissance et de régénérer le temps, le monde, et nous-mêmes, au moyen d’un travail intérieur dans lequel l’art, les rites et les mythes –et même la science moderne, bien comprise– agissent comme des véhicules transmetteurs et conducteurs, supports qui rendent possible l’authentique être de l’homme et sa réintégration dans l’état primordial. Pour l’auteur, les symboles (et en particulier celui de la roue qui comprend et synthétise les possibilités du non-manifesté et de la manifestation) sont la vivante représentation d’une idée, d’une énergie-force latente à l’intérieur de l’homme et qui se réveille au moyen de l’apprentissage de la doctrine, l’étude des livres sacrés et la méditation sur ces codes symboliques qui ont été conçus à ces fins. Grâce au symbole, les idées subtiles et abstraites se concrétisent en se manifestant au niveau sensible et, en même temps, les choses sensibles et concrètes deviennent abstraites, élevant notre pensée jusqu’à ces régions métaphysiques où demeurent les archétypes et les dieux. L’ouvrage propose une aventure héroïque, une véritable quête de la connaissance qui se réalisera en chacun de nous, en notre intérieur, au fur et à mesure de nos investigations qui nous verront plonger plus profondément dans les mystères du cosmos, qui est lui aussi un modèle symbolique dans lequel nous pouvons nous voir reflétés. Et l’homme étant en réalité ce qu’il sait (puisqu’il forme partie intégrante de cette substance qui occupe son esprit), il vivifie ainsi ces archétypes qui sont sa propre nature, leur permettant de le conduire vers le supra-individuel et le supracosmique, là où se trouve son être véritable, déifié et immortel, c’est-à-dire son identité suprême.

Tout comme le sujet qu’elle développe, cette étude possède un caractère circulaire, grâce auquel l’idée centrale est reprise dans diverses optiques et sous différents angles. Elle permet ainsi au pantacle * en question de se graver en notre intérieur, illuminant les indéfinies possibilités régénératrices de l’être auxquelles l’homme accède à partir de son propre centre, son Moi véritable –centre commun à tous les êtres, qu’ils en aient conscience ou non– qui est symbolisé par le point intérieur de la roue, son origine, sa raison d’être. La structure même du livre est significative et en parfaite cohésion avec le sujet traité, puisqu’elle comporte trois parties et neuf chapitres (rappelons que le trois est un cycle fermé, et que le neuf est le chiffre de la circonférence), chacun étant également un tout intégral, une idée « ronde », un point de vue à partir duquel l’on peut voir et réaliser le centre archétypal ou axe vertical où il est possible de trouver « l’endroit auquel tous les êtres aspirent, même s’ils l’ignorent ».

Une fois que l’auteur nous a introduits dans les principes du symbolisme en général, puis du symbole de la roue en particulier, il consacre un chapitre à l’art comme forme de connaissance. Avec la rigueur nécessaire pour mettre la vérité en lumière, il dénonce les erreurs propres à la vision de l’homme moderne (dont il s’occupe aussi, équitablement, tout au long de ces lignes) et aborde l’art comme une chose sacrée, intimement liée à l’amour et au mystère, comme un rite ou un symbole permettant d’entrer en communication avec la vérité intérieure par le biais de la beauté et d’incarner l’idée archétypale, nous faisant voir la vie comme une poétique liée à la quête de cette vérité. Il voit l’authentique artiste comme un être créateur capable d’engendrer un cosmos, comme un « individu de métier ou de connaissance qui recrée le monde à travers son activité rédemptrice », et dans cette optique, l’être humain régénéré lui-même et l’univers tout entier deviennent une parfaite œuvre d’art, en pérenne réalisation, qu’il est possible de rejoindre, couronnant l’œuvre de la création.

Malgré l’universalité exprimée et les multiples références à des traditions variées et des cultures de différents temps et lieux, ce livre est écrit sous le sceau de la tradition hermétique et sa seconde partie est justement consacrée plus spécialement à l’hermétisme, vu comme une forme de la tradition unanime, y trouvant le fondement métaphysique et les racines de la pensée occidentale exprimée dans les idées communes à l’ésotérisme égyptien, juif, grec, romain, chrétien et arabe. Il nous présente ainsi le sentier magique de l’initiation hermétique comme une manière de parvenir à la connaissance de la symbolique universelle et comme une voie tout spécialement adaptée à la mentalité occidentale, qui a permis, dans cette partie du monde et à ce moment de l’histoire, l’initiation aux mystères et la conservation de la doctrine. Il nous montre comment ces idées ont été l’axe invisible qui a déterminé les événements historiques et culturels les plus importants, tout en nous donnant aussi une vision sacrée de l’histoire à laquelle l’Occident n’a cessé de participer. Il met spécialement l’accent sur la tradition chrétienne, mentionnant saints et sages qui ont incarné la connaissance par cette voie, et il nous offre constamment des citations bibliques et évangéliques offrant une vision du livre sacré sous une perspective initiatique. Il décrit aussi clairement, et avec un grand travail de synthèse, deux codes hermétiques étroitement liés, conçus pour permettre la compréhension de la cosmologie : le Tarot et l’arbre de la vie séphirotique, véritables cartes routières pouvant nous servir de supports au cours de nos voyages vers notre propre centre. Les nombres et les lettres –c’est-à-dire les archétypes– revivent lorsque ces oracles entrent en jeu. En les abordant à leur plus haut niveau, l’ouvrage nous donne les éléments suffisants à leur compréhension et pose les bases à partir desquelles l’on pourrait mener à bien ses propres calculs et investigations, et les utiliser comme vecteurs d’auto-connaissance et de réalisation spirituelle, se gardant ainsi des applications de moindre importance avec lesquelles ils sont souvent confondus dans le monde profane. Et en reliant la roue à d’autres symboles traditionnels, les possibilités cognitives de ce signe s’accroissent et l’on nous présente toute une mosaïque de rapports avec le zodiaque, les roues calendaires et les cycles ; avec le feu et les éléments, les figures géométriques et les nombres ; et avec les symbolismes constructifs de la cité et du temple, les jeux, le théâtre et le cirque, etc., qui prennent une signification particulière lorsqu’ils agissent en notre intérieur, dessinant un mouvement spiral qui nous permet de soupçonner l’origine de toute manifestation et la possibilité d’une ascension verticale vers le non-manifesté et l’essentiel.

Dans la troisième et dernière partie, il est tout d’abord fait référence aux cycles et aux rythmes, au thème de la géographie et de l’histoire sacrée –vue comme une « symbolique de l’âme humaine »– et à la notion de la circularité du temps et sa relation avec l’espace, concepts qui sont réunis avec celui de mouvement à travers un entrelacement d’idées ramenant notre esprit au commencement, à ces régions et dimensions mythiques que toute manifestation particulière imite à sa façon et où tout aurait sa raison d’être. L’univers, la galaxie, le système solaire, la terre, les civilisations, l’homme, la molécule, la cellule, sont perçus comme un être vivant, s’équilibrant et s’enchaînant parfaitement, le macrocosmique et le microcosmique apparaissant comme un tout organique et harmonique dont l’être humain –en tant qu’intermédiaire– peut prendre conscience, s’identifiant avec. Tout cela, qui n’est que le premier pas vers l’accession au supracosmique, est réalisé comme un véritable souvenir du Moi (de Soi-même) grâce auquel l’on retrouve la certitude que tout est présent et simultané –donc éternel– « car tout arrive maintenant dans le cœur de l’homme ». Une fois ces notions exprimées, à travers lesquelles l’on pourrait réaliser une régénération totale du temps et de l’espace, et après avoir annoncé d’avènement d’un ciel et d’une terre nouveaux, qui couronnent la transmutation interne, l’auteur nous place –connaissant les données traditionnelles ainsi que leurs mesures et proportions– dans la réalité historique que nous vivons, se joignant aux voix qui clament aux quatre vents que cette génération sera le témoin de la fin d’un cycle (ou manvântara), grâce à quoi les limitations spatio-temporelles seront abolies, faisant place au « second avènement, à la libération » et au « retour à la fraîcheur virginale des origines ». Et c’est cette réalité qui justifie que ce genre de littérature traditionnelle voie le jour, exprimant des idées qui étaient jadis transmises oralement et en secret aux initiés des diverses cultures.

Dans le chapitre « Les Deux Moitiés du Modèle Cosmique », le croisement horizontal-vertical de la trame et la chaîne de l’ouvrage prend vie en se référant à la conjugaison des opposés et aux lois de l’analogie, qui nous montrent l’union parfaite du ciel et de la terre (esprit et matière) et le rôle de l’homme comme élément indispensable à la réalisation de cette union. La sphère, la roue et le cycle se voient ici divisés en deux moitiés, l’accent étant mis tout spécialement sur l’aspect obscur, non-manifesté, invisible, inconnu et secret, généralement ignoré de la vision profane et sans lequel la manifestation visible serait vide de sens, errant indéfiniment dans la relativité. L’on nous montre la hiérarchisation des états de l’être et les différents niveaux de compréhension de la réalité, dont ce livre donne un exemple qui peut être vérifié par son étude approfondie, puisqu’il exprime le genre d’idées qui semblent nouvelles à chaque fois qu’on les écoute ou à chaque nouvelle lecture que l’on en fait, parce qu’on les comprend à un autre niveau. C’est justement grâce à la réitération rituelle dont elles sont les promoteurs que l’on perce les apparences des choses, de véritables ruptures de niveau se produisant alors. Cette littérature symbolique contient un métalangage qui renferme toujours une dimension occulte et mystérieuse à laquelle pourrait participer le lecteur attentif, prêt à réaliser un véritable travail d’auto-connaissance. À ce sujet, l’on pourrait souligner les caractéristiques visuelles de ces textes, qui fonctionnent comme d’authentiques promoteurs d’images et de visions. Cette étude s’achève en nous démontrant qu’il est impossible d’épuiser un sujet qui, par sa propre nature, est inépuisable. Mais comme une roue qui possède en elle le potentiel de générer d’autres manifestations liées à son centre ou axe commun, on l’aborde de nouveau sous d’autres angles, laissant une porte ouverte sur de possibles développements ultérieurs qui permettraient d’incarner cette notion à ceux qui seraient capables de la répéter sous des formes régénératrices.

La conclusion est une magnifique ode à la sagesse et à l’amour, suivie d’une sélection bibliographique qui pourrait être un guide utile à qui s’intéresse à la symbolique au plus haut niveau et se trouve disposé à se soumettre à la stricte rigueur intellectuelle à laquelle nous incite la lecture de ce livre.

Nous nous trouvons en présence d’un ouvrage qui exprime avec grâce et originalité, dans un langage parfaitement adapté à notre circonstance spatio-temporelle, des pensées subtiles et révélatrices de la philosophia perennis qui se déploient avec naturel, harmonie et rythme tout au long des chapitres. Si nous nous y ouvrons, elles pénétreront en notre intérieur en agissant effectivement, car les mots qui les ont ciselées viennent du plus profond du cœur, et peuvent donc être gravées dans le nôtre avec toute la force de la vérité.

Que le destin veuille que ces éditions qui débutent avec une œuvre aussi transcendante, et qui annoncent un programme de publications aussi important, puissent atteindre leurs objectifs en établissant un rapport direct, valable et efficace entre le lecteur et la tradition unanime.

Fernando Trejos.

Note

*    Ou "petit tout".

 
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Federico Gonz‡lez. Peinture de A. Plank

Federico González
Peinture de A. Plank, Barcelone 1996

NOTE

C’est à Katmandou (Népal), en avril 1980, que débute l’écriture de ce livre, synthèse de plusieurs années de conférences et de stages, en particulier ceux ayant été impartis à l’Université Autonome de Mexico (Casa del Lago) et à la Fondation Joan Miró de Barcelone, ainsi qu’au Centre d’Études de Symbologie de cette même ville. Ce qui constitue aujourd’hui le chapitre II a été publié sous forme de fragments et en deux articles à la fin de cette année-là, dans le supplément littéraire du journal « La Opinión » de Buenos Aires, qui n’existe plus. Les autres chapitres de ce livre ont été écrits en Inde, en Espagne, en Argentine et au Mexique, c’est-à-dire durant des voyages au cours desquels l’auteur n’a pas toujours pu compter avec tout le matériel bibliographique nécessaire à sa rédaction, comme il l’aurait souhaité. La presque totalité des sources et des citations a été cependant vérifiée par la suite.


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1 « En vérité, certainement et sans aucun doute : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : pour accomplir les miracles d’une chose unique. »

2 « Et comme toutes les choses proviennent d’Un seul et de la méditation de l’Unique, ainsi toutes les choses naissent de cette chose Unique par son émanation. »

3 « Son père est le Soleil, la Lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre et la Terre est sa nourrice. »

4 « Il est le père de toutes les merveilles du monde. »

5 « Sa force est parfaite lorsqu’elle est convertie en terre. »

6 « Sépare la terre du feu, le fin du grossier, doucement et avec grand soin. »

7 « Il monte de la Terre vers le Ciel et de là redescend sur la Terre, afin de recevoir le pouvoir du monde d’en haut et celui du monde d’en bas. Tu posséderas ainsi la lumière du monde entier, et les ténèbres te fuiront. »

8 « C’est là la force de toutes les forces, car elle domine tout ce qui est subtil et pénètre tout ce qui est solide. »

9 « Ainsi donc, le monde minuscule est fait à la ressemblance du monde immense. »

10 « C’est ainsi et pour cela que de prodigieuses applications seront réalisées. »

11 « C’est pourquoi l’on me nomme Hermès Trismégiste, car je possède les trois parties de la sagesse universelle. »

12 « Ce que j’ai dit de l’œuvre du Soleil est achevé. »

La Table d’Émeraude, attribuée à Hermès Trismégiste.

 
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« Visite les entrailles de la Terre, et c’est en rectifiant que tu trouvera la pierre occulte. »

Maxime de Basile Valentin (Alchimiste du XVe siècle)

« Chantons la lumière qui guide les hommes sur le chemin du retour ;
Glorifions les neuf filles de Zeus le grand,
Aux voix lumineuses ;
Chantons ces vierges qui,
Par la vertu des pures initiations venues des livres,
qui éveillent l’intelligence,
Arrachent aux douloureuses souffrances de la terre,
Les âmes errant au fond des puits de la vie... »

Proclus : Hymne aux Muses

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